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LES ENSEIGNEMENTS DU PARCOURS DES ALTERNATIVES

Pistes sur les conditions de réussite des initiatives à partir des enseignements du Parcours des alternatives initié par Récit.

 

Récit est née en 2002 et signifie Réseau des Ecoles de Citoyens. Elle considère l'éducation citoyenne comme un levier puissant de transformation sociale. Tous les groupes participatifs et pratiquant l'éducation citoyenne (dont Attac) peuvent faire partie du Réseau.

 

En 2008, Récit a mis en place le Parcours des alternatives qui consiste à aller sur le terrain à la rencontre de ces initiatives (une quarantaine), puis à organiser des séminaires afin de mutualiser les pratiques et d'en tirer des enseignements.

 

Il est difficile de savoir a priori si une initiative est vraiment une alternative ou pas. Certaines actions sont initiées dans une logique alternative par rapport au système mais peuvent être ensuite récupérées. D'autres créent des déséquilibres et sont porteurs d'une autre logique.

 

Quelques exemples d'actions:

 

* Depuis 2004, l'Agenda 21 de Bessancourt (Val d'Oise) a comme objectif de lutter contre la péri-urbanisation sauvage en définissant un projet global de territoire (participative, durable, solidaires). Dans ce cadre, par exemple, un plan local d'urbanisation et de transport a été élaboré avec la participation des citoyens. 

 

* A Villiers le Bel, l'assemblée de pays a un vrai rôle au niveau de la communauté de commune.

 

* A Arras, des circuits courts ont été mis en place avec le collectif Al'terre circuit et une coopérative de transformation.

 

* Dans le 13ème arrondissement, il y a 12 ans le foyer d'accueil de jeunes travailleurs maliens a mis en place une action d'alphabétisation ainsi qu'une aide aux villages d'origine grâce à une cotisation mensuelle sur leurs salaires. Elle a permis de nombreuses réalisations: des écoles, des dispensaires, des puits, des terres cultivables, des routes...: des résultats extraordinaires avec de petits moyens. En 2008, les policiers ont fait une raffle, cassant tout à l'intérieur... Ce traumatisme a conduit à la réalisation d'une pièce de théâtre sur ce qui s'était passé et la manière dont on peut réagir. Ils ont fait un travail d'expression culturelle et artistique. Ils ont aussi créé un atelier informatique, une bibliothèque, un cercle de réflexion sur les problèmes du monde à partir de leur pratique... Ces activités ont été auto-organisés par les résidents eux-mêmes et non importées par des personnes de l'extérieur.

 

Ces visites du Parcours des Initiatives ont été suivies d'une réflexion sur les conditions de réussite et de transposition de ces alternatives. Une alternative uniquement portée par le charisme d'une personne et non transposable a un intérêt limité.

 

Quelques pistes:

 

La lutte contre l'inacceptable permet que des liens se créent entre différents acteurs pour mutualiser leur indignation. Ensuite un travail d'organisation, de débats se met en place. Il serait intéressant de voir quelles méthodes permettent qu'une indignation se développe ensuite de manière construite. L'indignation seule ne suffit pas.

La prise en compte des besoins de tous, et en particulier des problèmes de la vie quotidienne, permet qu'une initiative se développe et de toucher des personnes nouvelles: mise à disposition de livres, problèmes quotidiens des femmes...

 

Aller sur le terrain à la rencontre des personnes et ne pas attendre qu'ils viennent dans une logique de guichet: aller dans la rue, sur les lieux de travail, à la sortie de l'école... pour aller au-delà des personnes convaincues. La participation s'élargit avec la création de ces espaces informels.

 

* La fête est un élément important qui donne aux gens une autre vision du groupe où ils sont, qui permet de sortir de l'anonymat et d'exprimer de ce dont on ne parle pas habituellement.

 

* Il est important de considérer les personnes les plus démunies et en situation de discrimination comme des acteurs légitimes et pas seulement des sujets légitimes. Ces situations qui mettent ces personnes en situation d'acteurs reviennent aux fondements du mouvement de l'éducation populaire et lui redonnent sa force.

 

* Ce mouvement d'émancipation est aussi important au niveau des classes moyennes. L'aliénation a gagné toutes les couches de la société et le besoin de participation et d'agir autrement est général.

 

* Ces actions se développent plus par une succession de temps forts que de manière continue, comme les associations classiques avaient l'habitude de le faire avec des personnes qui s'engageaient sur plusieurs années.

 

* Beaucoup d'expériences reposent sur un projet partagé par un noyau de militants, avec une perception commune des enjeux mais aussi des valeurs et des objectifs. Par rapport à la notion classique de projet associatif voté en AG etc., dans ces actions alternatives, on autorise un foisonnement d'initiatives diverses en donnant quelques grandes lignes. On permet à la vitalité des membres d'inventer des actions nouvelles . Mais il faut qu'elles reposent sur des valeurs communes. A Récit, on travaille beaucoup comme cela. Une charte de principes a été conçue en voyant qu'une multitude d'actions extrêmement diverses convergent vers un but commun. On permet aux gens de proposer des choses nouvelles et on les autorise à venir dans Récit et de se développer sans exercer un contrôle politique comme ce peut être le cas dans un syndicat.

 

* Il est nécessaire d'agir dans la durée sinon on ne peut rien mener de significatif. C'est nécessaire pour que les gens prennent conscience.

 

* Souvent un projet réussi, même limité, en suscite d'autres. L'expérience de la réussite donne l'idée qu'on peut changer les choses.

 

Il en découle que l'organisation institutionnelle des associations doit évoluer:

 

* Il faut revenir à la priorité au bénévolat et à l'engagement citoyen, qui a été négligé dans les associations où le travail salarié s'est beaucoup développé du fait des offres de marchés. Compétence et professionnalisation ne sont pas synonymes. Il y a beaucoup de compétences qui ne sont liées au salariat.

 

* Si l'on veut toucher des gens nouveaux, il faut remettre en cause certains aspects formels, par exemple, en ouvrant les activités à tous et pas seulement aux membres. L'aspect formel de l'organisation statutaire doit être adaptée à la perception que s'en font les membres et notamment les nouveaux. Une démarche statutaire rigide est un obstacle au renouvellement.

 

* Réfléchir au rapport entre salariés et bénévoles et laisser la priorité à l'engagement citoyen des salariés. A Récit, les salariés sont considérés comme des permanents du mouvement et doivent avoir droit au chapitre. Un salarié peut être membre du conseil d'administration. Cependant ce n'est peut-être pas généralisable quand il y a beaucoup de salariés.

 

* Certaines initiatives pratiquent la rotation des tâches. Par exemple des tâches de direction peuvent être tournantes. C'est important pour que des initiatives porteuses d'alternatives soient en même temps porteuses d'éducation populaire et citoyenne.

 

Quand on examine ensemble la quarantaine d'expériences du parcours des alternatives (décrites sur le site de Récit), se dessinent les contours d'une alternative globale. Quelques points forts apparaissent:

 

* Des modes de consommation et d'échanges cohérents avec les valeurs de la société que l'on veut construire.

* Une restauration du lien social qui affirme l'égale dignité de tous et le pouvoir de chacun sur sa propre vie

*La volonté de préserver l'agriculture et l'environnement, y compris chez les citadins.

* Le soucis d'un autre développement territorial

* Des associations et des entreprises solidaires qui sont écoles de démocratie.

* La renaissance de la pensée: discussions philosophiques, partages de lectures, débats d'idées sur les valeurs...

* L'importance de l'expression littéraire et artistique, nécessaire à construction d'un autre imaginaire et à la reconnaissance de ses propres richesses

* Très souvent elles sont porteuses de solidarité internationale.

 

Eléments de la discussion:

 

* Il est important de réfléchir au salariat dans les associations, à l'aspect productif et à la question du travail en tant que moyen d'autonomie. 

Certains projets n'aboutissent pas par manque de compétences ou temps bénévoles.

Les bénévoles ont des compétences, mais peuvent-ils en vivre? De plus, il existe une tendance générale des décideurs à exploiter ce bénévolat.

* Lorsque l'on veut trop faire croître son association, elle a tendance à entrer dans le système par le biais des techniques de gestion, de management... Ce risque existe aussi lorsqu'elle fait appel à des entreprises extérieures.

* Une alternative peut aussi consister à étendre un droit à des personnes qui en sont exclues: par exemple en organisant un café-philo en prison...

 

Pour en savoir plus:

Les articles sur le parcours des alternatives sur le site de Récit

 

Source:

Atelier animé par Didier Minot (Récit) lors de la formation "Comment favoriser l'émergence d'actions alternatives" co-organisée par Attac et Récit les 15 et 16 octobre 2011. 

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Quelques pistes pour le développement des actions porteuses d'alternatives.doc166 Ko

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