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ECONOMIE DE LA RECIPROCITE

Des exemples de structures dont le fonctionnement est basé sur l'échange, le prêt gratuit, une autre relation à la consommation que celle prônée par le système marchand: Café-lecture, association de mécanique, magasin de prêt, système d'échange local (SEL), valorisation d'objets jetés... ont été présentés par ceux qui les animent lors d'un atelier de l'Altervillage 2010 à Busseix (sud de Limoges).

 

Cette « économie de la réciprocité » concerne des structures qui, en parallèle de l'économie libérale, mettent en place d'autres types d'échanges, de manière de fonctionner. En cela, elle peuvent être des parties d'alternatives au système libéral.

 

Le café-lecture Les Augustes de Clermont-Fd (Puy-de-Dôme)


L'objectif est de faire la promotion de l'écrit sous toutes ses formes, de favoriser son accès et de participer à la lutte contre l'illettrisme. Sont mis à disposition libre et gratuite: 5 journaux quotidiens, des hebdomadaires, des livres, des revues...Les journaux sont achetés, pas mal de revues sont données. Le café-lecture permet aussi de se connecter à internet.

Il propose de nombreuses animations en accès libre autour de l'écrit et de la citoyenneté.

Les heures d'ouverture sont similaires à celles des autres cafés. La 1ère année, il était sans alcool. Il a depuis une licence 4, mais sans que soient servis d'alcools forts. Il n'y a pas de diffusion de musique. Par contre un piano est à disposition et il est possible d'amener son propre instrument.

C'est un lieu convivial ce qui permet depuis un an ou deux d'avoir du monde même hors des animations. Le public est très large: de 18 à 70 ans. Il est composé de personnes qui ont bac + 2 au moins et de personnes peu formées.

 

Le café lecture existe depuis 1994 à Clermont-Fd, avec une surface de 100 m2. Il est inclus dans l'économie sociale et solidaire. Il a un statut de SARL avec actionnaires associatifs qui empocheraient les bénéfices s'il y en avait.

Il comprend 2 gérants bénévoles, une centaine de bénévoles, 4 salariés plein temps, ainsi qu'une association de soutien de 300 adhérents fidèles.

Il fonctionne avec un budget de 160 000 euros, les dépenses étant essentiellement celles liées aux salariés. Il est à 70-80% autofinancé, surtout grâce au bar (avec une petite restauration). Il bénéficie d'aides à l'embauche et d'une subvention de 30 000-40 000 euros des organismes publics: région, ville, ministère de la culture, département.

 

L' APIMA à Aubière (Puy-de-Dôme)

 

APIMA signifie Association Populaire d'Initiation à la Mécanique Automobile. Elle a été créée en 1983 et comporte 400 adhérents. L'atelier est ouvert 6 jours sur 7 et est encadré par des animateurs (1 plein temps, plus 2 ,bientôt 3, mi-temps). Des stages théoriques sont proposés de temps en temps. L'Apima effectue un travail d'insertion, en lien avec la protection judiciaire, en accueillant des jeunes de collèges et lycées. Ces jeunes sont intégrés avec les adhérents et ont la responsabilité d'un atelier.

 

Les adhérents peuvent proposer n'importe quelle activité: discussions à thème, théâtre, musique, vernissage...

 

L'Apima a une culture propre et un fonctionnement qui remet en question la relation employeurs-salariés: ici l'employeur est l'assemblée générale. Au départ, elle fonctionnait avec un conseil d'administration et une AG de 60 à 120 personnes. Depuis 5 ans, l'association est en autogestion complète: il n'y a plus d'élus mais des groupes de travail: gestion, communication, sécurité, accueil des nouveaux adhérents. Ceux-ci sont autonomes dans leurs prises de décision. Des réunions ont lieu chaque semaine où chacun peut donner son avis. L'Apima défend une autre approche de la consommation et de l'implication: chacun est responsable de tout ce qui se passe.

 

L'association dépend de la loi de 1901, peu contraignante. La préfecture renvoie le dossier car il ne comprend pas de président, de sécrétaire ni de trésorier. Mais l'Apima le réexpédie à chaque fois et la préfecture finit par prendre les 3 premiers noms.

 

L'association fonctionne par choix sans subvention (en dehors d'une subvention exceptionnelle de la PJJ, protection judiciaire de la jeunesse). L'adhésion est de 360 euros pour l'année. Le Conseil Général prend en charge sur dossier une partie de l'adhésion pour ceux qui ont le RMI. Un fond de solidarité a été constitué pour permettre une avance financière lors de l'achat d'une pièce. Il est alimenté par une cotisation de 10 euros payée la 1ère année.

Le budget de 138 000 euros est auto suffisant. Les locaux sont loués. Ils comprennent l'atelier, ainsi que différentes pièces: pour les expos, les repas communs au moment de midi (achats en commun), les enfants...

L'atelier travaille à plein en permanence: il faut réserver en général une semaine avant, sauf urgence. Il permet de travailler sur 6 voitures en parallèle.

L'objectif n'est pas de grandir: ce qui existe est déjà largement suffisant. Le projet est plutôt d'essaimer en incitant d'autres personnes à créer un autre atelier sur l'agglomération.

Au début, les gens viennent à cause d'une panne. Ils reviennent ensuite pour le réseau de personnes et la convivialité. Le public est relativement féminin (1/6 adhérents) et comprend beaucoup de personnes plutôt anti voitures...

 

Dans les années 80, une vingtaine d'ateliers de ce type s'étaient créés. Des rencontres étaient organisées entre eux. Mais toutes celles qui étaient subvensionnées ont disparu, peut-être à cause de leur regard particulier sur la consommation qui peut déplaire. Actuellement il existe plutôt des self garages, plus commerciaux, ou bien des associations de quartier à vocation sociale. Il existe encore L'Atelier à Nantes ainsi que Le Garage moderne à Bordeaux sur les quais: très beau et grand, avec 2 cars et une caravane en guise de locaux, et une dimension culturelle très développée.

 

Lors de la création de l'Apima, les garages commerciaux ont été assez agressifs, en dénigrant le travail effectué, en intervenant auprès de la mairie... L'Apima a mis en avant le fait qu'il s'agit surtout de formation, que les personnes qui venaient alors n'allaient pas dans des garages... Ces conflits se sont appaisés en quelques années, en particulier grâce au sérieux du travail et au fait que les personnes ne travaillent que sur leurs voitures personnelles. C'est toujours l'adhérent qui effectue le travail seul, avec les conseils d'un animateur. Cela lui permet de gagner en confiance et de voir qu'il peut faire par lui-même: c'est un vrai projet de société.

 

L'informatisation des véhicules ne pose pas de problème au niveau de la réparation car le matériel nécessaire a été acheté. Mais cela rend la formation plus difficile si l'on veut que les personnes comprennent vraiment ce qui se passe.

 

Un magasin de prêt à Berlin.

 

A Berlin, plusieurs dispositifs permettent l'échange d'objets. Les personnes peuvent déposer des vêtements et des livres dans des Free Box et de se servir comme elles le souhaitent. Il existe des magasin gratuits, mais souvent dans des squats d'où ils doivent partir en cas d'expulsion ou dans des universités. En France des magasins gratuits existent aussi dans certains squats.

Depuis peu, un magasin de prêt de matériel électrique a été ouvert. L'objectif est d'inciter les gens à se libérer des besoins créés par la société de sur consommation. Il est inutile, voire nocif, de posséder chez soi des objets dont on se sert très peu, comme par exemple un matériel à fondue, un vidéo projecteur, de l'outillage... Les personnes vont au magasin pour chercher un objet précis mais tant pis s'il n'y en a pas! La magasin est ouvert de manière irrégulière: il est bon aussi que tout ne soit pas disponible dès qu'on le veut et très vite. Cela permet de se déconditionner, de s'habituer à un manque matérialiste. Les objets disponibles au prêt ont été donnés.

 

Il n'y a pas d'adhésion, pas d'inscription, pour que les personnes restent libres: il suffit de venir discuter. 10 personnes font fonctionner le lieu.

 

A Strasbourg, la Crêpe propose une réappropriation de l'espace public. Elle organise des vélorutions ainsi que des apéro-dons, des zones où les personnes déposent et prennent ce qu'ils souhaitent.Ce sont des lieux conviviaux de discussion entre les personnes qui viennent régulièrement mais aussi avec celles qui passent et sont interrogés par cet espace.

 

Le SEL (système d'échange local) de Limoges.

 

Ce SEL existe depuis un an. Il permet des échanges de biens, de services, de savoir faire, de temps. Lors de l'adhésion, chaque personne dit ce qu'il peut proposer. Mais ce catalogue des offres est peu utilisé. Il est plus simple d'utiliser les échanges par email, chaque personne pouvant ainsi demander aux autres ce dont il a besoin.

La monnaie d'échange est basée sur le temps passé: 1 heure de temps= 1 « châtaigne ». Chaque adhérent inscrit sur son carnet de richesse des unités en moins quand il a profité du temps d'un autre et en plus s'il en a donné. Les adhérents viennent au SEL pour certaines valeurs communes mais les gens ont souvent du mal à sortir de l'habitude d'aller acheter ce dont ils ont besoin. De même, certains se sentent mal à l'aise de ne pas tout noter. D'autres sont plus dans la confiance.

De temps en temps, des bourses d'échanges à thème sont organisées pour rassembler les gens (par exemple culture, jardinage). Dans certains SEL, des apéros sont organisés, soit chez un des adhérents soit dans un café.

Le SEL de Limoges comprend une quarantaine de familles dans un rayon de 20 km, ce qui est l'idéal selon eux. L'idée de base est l'entraide entre voisins ce qui suppose que le SEL reste de taille suffisamment petite. Dans ce SEL, les adhérents sont très diversifiés en âge et en milieu social.

 

Sel'idaire est une association qui regroupe les SEL de France. Le site présente la charte de base et de nombreuses informations. La Route des SEL permet de trouver un hébergement gratuit.

 

A Toulouse, le SEL utilise le SOL, une monnaie municipale échangeable en euros, pour financer des productions locales agricoles, des entreprises sociales et solidaires.

 

La ressourcerie « Le monde allant vers ».

 

Cette ressourcerie est basée à Eymoutiers, sur le plateau des Millevaches (Limite Creuse et Corrèze, 6000 habitants). La ressourcerie collecte les objets dans les bennes des déchetteries. Elle les valorise en les réparant. Leur revente permet de financer les salaires. Certains objets sont mis à la location (appareil à raclette, outils...). La ressourcerie effectue aussi un travail de sensibilisation autour des déchets et du gaspillage de matières premières, en particulier par des animations dans les classes de la région.

 

A la différence de ce que fait Emmaüs, les ressourceries collectent tout, sans écrémer au départ. Beaucoup d'objets sont ainsi récupérés, pas forcément utiles, mais auxquels on essaie de donner un intérêt: par exemple faire une campagne sur les semences avec des seaux et des pelles en plastique auxquels on associe un sachet de graines pour les enfants. Un travail est effectué en lien avec des artistes qui font de la création et revalorisent ainsi certains objets et matériaux. De plus, lors de la réparation, les fixations non dévissables sont remplacées pour que les objets soient réparables de nouveau ensuite.

 

Les habits non vendus et qui ne peuvent être réemployés sont regroupés avec ceux du Secours Populaire et envoyés en Dordogne pour recyclage du tissu.

Remarque: L'isolant Métisse, produit dans l'est de la France, est fait avec les déchets textiles. Il y a actuellement 2 centres de production et la distribution s'améliore. C'est un bon isolant, nécessitant peu d'énergie et de liant. (http://www.lerelais.org/Isolant-Metisse)

 

Les télévisions posent un problème particulier: Beaucoup sont jetées actuellement pour être remplacées par des écrans plats. Qu'en faire? Elles diffusent le modèle de consommation actuel! Il faudrait les démanteller ici et pas dans des pays comme l'Inde où ce sont des enfants qui peuvent le faire.

 

La ressourcerie souhaiterait créer un espace hors bennes dans les déchetteries où les personnes pourraient déposer ce qui est en bon état.

Le prix des objets est assez difficile à évaluer: il ne doit pas être trop bas car cela dévalorise l'objet qui peut être jeté ensuite. Il faut aussi tenir compte du travail effectué pour le restaurer.

 

La ressourcerie occupe un bâtiment en centre ville, des granges étant prêtées pour le stokage. La boutique est ouverte 4 demi-journées à heures fixes. Elle n'est pas ouverte tout le temps mais quand les personnes s'en plaignent, c'est l'occasion d'expliquer que ce n'est pas un magasin et de parler de l'objectif de la boutique. De nouveaux ateliers vont être organisés pour aller plus loin dans la réparation. Ils ont été achetés depuis peu grâce à la mobilisation de 80 personnes qui ont pris des parts de 1000 euros en moyenne. La ressourcerie possède un camion et seulement du petit outillage pour le moment.

 

Sept personnes s'en occupent avec un fonctionnement en auto gestion. Une rotation des tâches est organisée sur les 4 aspects de la ressourcerie (récupération, valorisation, vente, animations), même s'il y a des personnes qui s'occupent plus particulièrement de certains aspects (comptabilité, ébénisterie....). Des formations sont organisées, y compris entre eux. Trois personnes ont un emploi aidé et deux ont un contrat associatif. Ce n'est pas un chantier d'insertion, à la différence de 90% des ressourceries. Le budget comprend 75% d'autofinancement, des subventions et l'aide à l'emploi. La ressourcerie est payée pour la collecte des encombrants (ils ont eu le contrat) ainsi que pour les animations. Elle a une convention avec la communauté de commune et le SYDED qui gère la déchetterie.

 

Nous vivons dans une société de sur consommation, de production d'objets tombant rapidement en panne etc. Les récupérer et les recycler entretient d'une certaine façon le gaspillage. Aussi le travail de sensibilisation, d'éducation à la consommation fait parallèlement est essentiel. Il est compris dans les chartes des ressourceries à la différence de boutiques telles que les Mains ouvertes ou d'Emmaüs.Il faut intervenir au niveau individuel et au niveau politique pour éviter la sur-consommation et le gaspillage à la source. Il est important de lutter contre la publicité, de sensibiliser les personnes à l'utilisation des produits recyclés...

 

Remarque: Avec les incinérateurs privés, ceux qui gérent les déchets ont intérêt à avoir le plus de matières possibles. De plus, pour qu'un incinérateur fonctionne bien, il faut qu'il y ait des matières qui brûlent bien, ce qui va à l'encontre du tri sélectif.

 

Pour en savoir plus:

 

Le site de la ressourcerie http://www.lemondeallantvers.org/

 

Le site de Sel'idaire: http://selidaire.org/spip/

 

Le site des Café-lecture: http://www.cafe_lecture.ouvaton.org/modules/pages/index.php?pagenum=21

 

 Le site de l'APIMA:  http://apimatelier.free.fr/

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