SPIRALE Actions
Des idées pour agir

Comment investir l’espace public ?

lundi 25 octobre 2010 par Colette B (Attac 63)

Comment investir l’espace public pour toucher des personnes plus largement et au-delà des militants ? : exemples d’actions de rue décrites lors d’un atelier de l’Altervillage 2010.

Cet atelier a permis des échanges d’expériences à partir de la description de 3 formes différentes d’actions de rue.

- celles de Bizi !, mouvement écologique et social ancré dans le pays basque, présentées par Iban

- celles des clowns de rue, par Alexandre ( Clowns Bla bla bla, Grenoble)

- celle de Porteurs de paroles, par Mathieu.


BIZI !

Bizi ! est issu d’une réflexion de 2 ans pour attirer le maximum de jeunes, avec un activisme pacifiste dans l’optique du sommet de Coppenhague, avec des actions de rue ou dans l’espace para public comme un centre commercial. Les thématiques se sont étendues après Coppenhague, par exemple aux alternatives au tout voiture

Avec les actions de rue, chacun dans son mouvement peut faire quelque chose, ne serait-ce qu’à 5 ou 6. Exemple : Lors du décret sur le travail le dimanche, action à quelques uns sur une plage un dimanche pour secouer les gens et leur demander d’aller travailler.

Il est important d’avoir quelqu’un qui filme correctement l’action pour diffuser ensuite l’information qui du coup peut avoir un retentissemnt bien plus grand. Même si on est un peu déçu du résultat sur le moment, l’action peut être bien réussie si on maitrise bien ensuite l’exploitation de la vidéo.C’est important aussi pour l’image du mouvement.

Ce type d’action de rue demande pas mal de travail préparatoire, travail qui d’ailleurs soude les groupes.

Autres exemples :

* Action où l’on a équipé une vierge avec un masque et un tuba en prévention de la montée des eaux.

* Piqueting avec des personnes masquées portant une pancarte et une alarme.

* Jeu « Qui veut gagner des degrés ? » fonctionnant comme le jeu des chaises musicales, en montant progresseviment les degrés sur un énorme thermomètre et en finisant avec des masques à gaz. Puis escalade du balcon d’un conseiller pour fixer une banderole.

* Diagnostic citoyen vélo de mars à juillet pour soutenir une voie cyclable menacée, avec 250 vélos. Développer l’utilisation du vélo nécessite que les personnes se sentent en sécurité lorsqu’ils se déplacent dans l’aglomération, ce qui n’est pas le cas dans de nombreux secteurs. L’objectif était de faire entendre ce gros manque aux responsables qui pensent eux que tout va bien. L’idée est d’ouvrir la revendication au public avec un questionnaire à remplir en 5-10 minutes. Le résultats ont été remis aux responsables sous forme d’un rapport « pro ». A l’occasion de la fête du vélo : une balade en vélo a été organisée en empruntant certains passages plus dangereux. Une opération escargot a aussi été menée sur une 2 fois 2 voies, sur deux files. Au delà de ces actions il s’agit d’assurer un suivi des revendications lors de réunions avec les responsables locaux.

L’objectif n’est pas toujours de ralier le plus grand monde, par exemple dans une action de blocage.. Certaines actions sont très courtes pour ne pas se faire arrêter. On ne peut pas alors avoir le temps d’expliquer. Le but est d’interpeller, que les gens s’interrogent et comprennent a postériori.

Voir sur le site de BIZI ! des vidéos et photos d’actions :http://www.bizimugi.eu/

Les clowns

Cf Livre Les nouveaux militants ; de Laurent Jeanneau et Sébastien Lernould, 2008.

Pour sortir du classicisme militant et du cercle de convaincu, il s’agit d’organiser des « coups d’éclats permanent » en mettant en avant l’utilisation de l’humour, le côté festif, provocateur, spectaculaire ce qui permet souvent d’avoir une force médiatique.

Les premiers clowns militants se sont entrés en action lors de l’accident de Tchernobyl avec une extension importante en 2003 lors des manifestations contre la guerre du golfe, puis contre le G8 suivant. Actuellement des brigades de clowns se sont développées un peu dans tous les pays En France, on trouve la BAC à Paris, le GIGN à Lyon, les CRS à Clermont-Fd, les CRI à Marseille, les Bla bla bla à Grenoble...

Il s’agit de retrouver la vertu contestataire et subversive des clowns : le renversement est une force qui permet d’imaginer une uthopie sans braquer les gens, sans créer un mur entre les personnes comme lors des interventions sérieuses.

L’action des clowns montre que la radicalité peut être pacifiste. On parle d’ailleurs de pink block pour les clowns pour les opposer aux black block. L’humour des clowns permet aussi de mettre le public et les journalistes de leur côté lors d’une altercation avec les policiers. Le clown va jouer sur la naïveté de celui qui ne comprend pas pourquoi le policier veut lui taper dessus.

Paradoxe d’Erasme : Si le monde est fou, écoutons le fou dans lequel la vérité prend refuge ».

Exemples :

* A Louvain : vente de neurones pour aider les dirigeants à instruire les jeunes. Aspirateur à neurones.

* A Grenoble ville pionière pour les nano technologies : vendeur de puces, gratteurs de puces sur les « pouilleux ». Le groupe Pièces et main d’oeuvre qui a étudié cela sérieusement distribuait des tracts explicatifs.

* Dans un supermarché : osties de la consommation, glorification de l’achat des produits les plus nuls...

* A Clermont exemples d’actions des CRS :

Pour aider le gouvernement lors de l’épidémie de grippe, ils ont établi un cordon sanitaire et procédé à des injections factices de vaccin. Une représentante des laboratoires essayait de vendre ses kits de survie.

Ils organisent aussi des manifs de droite : 150 personnes ont défilé avec des masque de Nicolas Sarkozy, habillés en riches ce qui était relativement impressionnant pour les passants. Renommés Petits frères des riches, ils ont aussi procédé à un enterrement du code du travail. En début d’année, les « timbrés de la poste » ont investi une poste et distribué des chocolats aux salariés.

Des groupes informels se constituent autour d’un noyau central, leur nombre fluctuant selon les propositions. Il faut être au minimum 5-6. Les gens ont envie de militer en s’amusant : il y a un gros potentiel de mobilisation. Evidément l’impact sera augmenté si l’action est bien couverte médiatiquement, d’où un écho plus large.

De manière générale, il est important d’avoir des personnes en plus des clowns pour donner des renseignements, distribuer des tracts, faire le tampon avec l’extérieur et désamorcer des situations d’incompréhension. Celles qui jouent un personnage ne peuvent le faire.

Il faut essayer de penser une action ayant un gros potentiel visuel. La difficulté est d’évaluer la part de premier et second degré. Jusqu’où pousse-t-on, au risque de ne plus être compris. Il est nécessaire de prévoir une préparation importante sur le message que l’on veut faire passer et la manière dont on le fait passer pour qu’il soit bien compris et maîtrisé.

Un autre groupe a organisé le procès des abeilles et du vent, accusés de disséminer les pollens des plantes OGM au-delà des distances dites par Monsanto. Les manifestants essayaient d’attraper le vent avec des fillets à patates. Les gendarmes étaient assez tendus : les clowns sont venus leur serrer la main, les ogligeant à lacher leur armes. Comme c’était amusant, l’action a été filmée par les journalistes et très bien relayé pendant 15 jours, avec différents articles dans les journaux. Du coup elle a eu un impact fort même s’il n’y avait pas de public ce jour là. C’est peut-être une coïncidence mais le paysan propriétaire du champ a ensuite cédé celui-ci à un agriculteur bio !

Les porteurs de paroles

L’objectif des porteurs de parole est d’aller dans la rue pour faire parler le gens, dans une démarche d’éducation populaire. Les personnes ont souvent envie de s’exprimer. Pour créer du débat dans la rue, il faut un endroit bien choisi et trouver le moyen de capter la curiosité des passants.

Exemple vécu au camp climat du Havre. Une action avait été menée au niveau de Total qui avait suscité uen certaine hostilité du public car Total fournit du travail localement. Pour désamorcer cela, l’idée a été de permettre aux personnes de s’exprimer sur Total en partant d’un message les interpellant.

Ils ont installé un paper bord dans un endroit passant. Ils ont écrit une question choisie de manière à permettre une expression maximum. La question est essentielle et doit être bien choisie.

Exemple : chasser le naturel il revient au galop, et au Havre ».

C’est assez facile à organiser à quelques uns car pas trop impliquant.

On commence par faire des auto interviews entre les personnes du groupe et on affiche ces réponses sur le sol ou on les accroche. Ce premiers espace va interpeller les gens qui passent. Il est préférable de ne pas être trop de militants car cela fait peur aux gens ( 2 -3). De même, pour que les personnes ne se sentent pas agressées, il vaut mieux éviter les chaises et les tables où les gens ont peur d’être piégés : mieux vaut une sorte de comptoir. Proposer quelque chose gratuitement est facilitateur : par exemple un café. Les personnes s’installent, commencent à discuter. Cela marche très bien. A la fin on leur propose de remplir aussi une feuille et de l’accrocher. Ce sont les organisateurs qui écrivent le message, après discussion (l’objectif est de créer cette discussion) en essayant de synthétiser l’idée exprimée. Souvent un débat se crée entre plusieurs personnes.La démarche est inverse à celle qui se pratique habituellement, où l’on cherche à convaincre.

Des tracts sont disponibles pour expliquer pourquoi on est là.

Ce type d’action a aussi été menée sur une plage, ainsi que dans un bar et sur une place où des clowns sont aussi intervenus.

On obtient ainsi un super matériel que l’on peut réutiliser, coller dans d’autres endroits, prendre en photo et diffuser sous forme de diaporama etc.

Ce type d’approche a été utilisé à Tours, au cours d’un travail social dans les quartiers.

Exemple de phrase obtenue : « L’industrie c’est le poumon du Havre. Et mes vrais poumons à moi ? »

Dans ce type d’action, l’objectif n’est pas d’avoir un relai médiatique.

* Ces différents types d’actions intégrent les notions de rire et de plaisir et permettent ainsi de créer des liens entre des personnes de tous âges et à différents niveaux :

liens entre les personnes au sein d’un groupe informel organisant ces actions,

liens entre les militants et les membres d’une association.

liens avec le public,

liens avec les médias etc

* Quels liens avec les organisations classiques ?

Jeudi noir : Ils n’ont pas de liens avec les structures plus classiques d’où un manque de retombées au niveau des responsables politiques. Quelle que soit l’originalité de la manif et le nombre de personnes rassemblées, les revendications n’aboutissent pas et sont ignorées.

De même, lors des manifs contre le LRU, beaucoup d’actions de rue avaient été organisées par les clowns... mais la loi est quand même passée. Par exemple : annonce que l’on va brûler des voitures dans tel lieu et à tel moment. Beaucoup de personnes sont venues pour voir ce qui allait se passer... et ils ont brûlé des petites voitures d’enfants ; prise de la bastille etc

Les relations sont un peu compliquées entre ces groupes et les organisations classiques. Ils ont cependant le même objectif de toucher le grand public et de gagner sur le plan idéologique. Par exemple pour les OGM, ce sont les fauchages qui ont permis de sensibiliser le grand public.

A Clermont, certaines personnes du groupe appartiennent au mouvement social. Mais ils refusent de mélanger les deux genres d’action. En particulier ils refusent d’aller dans une manif classique pour « faire les clowns ». De même à Grenoble : les clowns ne sont pas des prestataires de services qui répondent aux demandes des organisations. S’ils font quelque chose c’est parce qu’ils le souhaitent. Ce peut être à côté d’une manifestation. Mais c’est une action en soi.

Idem pour les sambas. Attac Macon organise une Batoucara. Là aussi il faut bien réfléchir à la manière dont on va intervenir. Sinon par exemple elles peuvent être prises pour une animation commerçante si les personnes qui expliquent l’objectif de l’action ne sont pas suffisamment visibles.

Dans le cas de Bizi !, la situation est différente puisque le groupe d’activistes est inclus dans un mouvement plus large. Les actions de rue s’insèrent dans un processus complet et a pour but de lancer une action plus large. Par exemple, l’opération escargot visait à soulever un problème et d’autres actions ont suivi. En février, ils ont mené une action avec la CGT sur le fret ferrovière : enterrement du fret, gare enfumée, personne déguisée en mort, personnes allongées sur les rails. Au début, l’idée a été difficile à faire accepter aux anciens. Mais tout s’est finalement bien passé.

Il ressort que l’objectif est bien d’être complémentaires et en lien avec les différents types de militances.

* Toutes ces actions demandent à être bien préparées.

- Pour élaborer les scénarios des actions et s’entraîner

- Pour trouver les moyens de faire passer son message.

Par exemple : Une partie de l’Altertour s’est déroulée cette année sur le parcours du Tour de France. Au début les personnes ont adhéré à la question de la lutte contre le dopage mais il a été difficile ensuite de leur faire comprendre les liens avec la concurrence entre les personnes. Cependant l’action est intéressante et sera reprise l’an prochain mais avec plus de préparation.

Le choix des slogans est important : pour les vélorutions (manifestation à vélo), « libérer les gens dans les voitures », « Libérer les piétons » fonctionnent bien, mais « Toutes les voitures à la casse » ne peut pas passer.

Cependant ne pas avoir trop peur de la provocation et de l’incompréhension première car les personnes en discutent avec d’autres et petit à petit le message passe.

- La préparation peut être facilité par l’archivage de documents sur les actions qui permet à d’autres militants d’avoir des idées (cf Spirale).

Le livre de Xavier Renou « Petit manuel de désobéissance civile » 2009 (Désobéissants ) détaille tout ce qui est nécessaire pour bien préparer une action.

- Lors de la préparation, il est aussi important que chacun soit informé de ce à quoi il s’engage éventuellement au niveau pénal.

- Il est aussi nécessaire parfois de savoir s’organiser rapidement afin d’être réactif par rapport à l’actualité.

- Il est intéressant de prévoir quelque chose juste après la fin de l’action, pour qu’elle ne s’arrête pas brutalement et permettre un moment convivial : on peut par exemple inviter les personnes présentes à un apéro.


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 357 / 266502

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site RESSOURCES  Suivre la vie du site Actions de rue   ?

Site réalisé avec SPIP 3.1.6 + AHUNTSIC

Creative Commons License