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Des idées pour agir

Film L’or bleu

lundi 14 décembre 2009 par Djilali B

Ce film aborde la question de la privatisation de l’eau en prenant pour exemple la situation à Marrakech et à Casablanca, au Maroc, et à Neufchâteau, en France.

L’or bleu a été réalisé en 2007 par Damien Pierpont (53mn)

Il est produit par Need Production (Belgique)

La problématique principale est celle de la privatisation de l’eau qui a tendance à se généraliser dans le contexte de la libéralisation et du confinement du rôle des États et des pouvoirs publics au strict minimum, une partie des pouvoirs régaliens et tout le reste devant relever du marché et des opérateurs privés.

Les applications de cette problématique sont illustrées par les politiques menées au Maroc (Marrakech et Casablanca) et en France dans la commune de Neufchâteau

Dans le film, les supporteurs de la privatisation sont le Président du Conseil général de la Région de Marrakech et le maire de cette ville ainsi que les responsables de Suez Environnement et de la lyonnaise des eaux de Casablanca (LYDEC) avec un plaidoyer remarquable et une communication à l’adresse des élèves pour marteler le bienfondé de leurs interventions dans le secteur.

Les supporteurs de la gestion publique sont : le maire de Neufchâteau, des responsables du réseau de l’Association pour un Contrat mondial de l’eau (ACME) en France et au Maroc, le professeur Riccardo Petrella, un militant mondial actif en matière de promotion du concept l’eau bien public mondial, des militants d’ATTAC Maroc, un responsable de l’UFC, des citadins et ruraux marocains en difficulté d’accès à l’eau, ainsi que les paysans qui souffrent de la sècheresse et des politiques de gestion et de distribution de l’eau.

Les thématiques secondaires

(liste non exhaustive, dépendant des centres d’intérêt des participants aux débats) :

- L’eau, source de paix ou de guerre dans le monde de demain

- L’eau facteur mais aussi victime du réchauffement de la planète

- Émeutes de la faim, émeutes de la soif : un même combat pour la survie des populations pauvres

- L’eau domaine de concentration et de domination des multinationales (gestion cumulative de l’eau, l’assainissement, l’énergie, le transport, l’information, la communication, le financement, la recherche, etc..... leur internationalisation, les prix de transferts qu’elles pratiquent au sein de leurs groupes d’intérêt, la localisation de leurs comptes dans des paradis fiscaux qui rendent difficiles toutes tentatives de contrôle ou de sanction des abus auxquels elles s’adonnent.

- Les activités agricoles d’exportation et le tourisme de masse, facteur de raréfaction de l’eau dans les pays pauvres

- L’eau, facteur d’approfondissement de la pratique démocratique et de la participation citoyenne

- L’eau, facteur de maladies hydriques dans les pays pauvres et tragique spirale d’assoiffement des populations pauvres par des politiques de tarification inadaptée et de fermeture des fontaines publiques

- L’eau, facteur d’exploitation des femmes et des enfants dans les pays pauvres

- L’eau, bien public mondial et les dysfonctionnement et insuffisances dans la gestion onusienne mondiale de l’eau

- La délégation de service public de l’eau à des multinationales, sous pression des Institutions internationales (programmes d’ajustement structurels et Stratégie de lutte contre la pauvreté), avec la complicité des Etats pauvres et dépendants et des collectivités locales complaisantes voire complices.

Contribution pour alimenter les débats : Le contexte

L’humanité risque d’être confrontée à une crise majeure découlant de l’insuffisance des ressources en eau pour couvrir correctement les multiples besoins concurrentiels, dont les besoins vitaux que sont l’alimentation en eau potable, en produits végétaux et animaux à grande composante en eau et les besoins non moins essentiels d’accès à l’eau pour des raisons de dignité et de confort... Ces besoins constituent en réalité des droits dont peut se prévaloir tout être humain de sa naissance à sa mort.

Celles et ceux qui vivent dans les pays développés, riches, à climat tempéré, peuvent avoir l’illusion que l’eau n’est pas un problème et que sa disponibilité en qualité et en quantité est durablement garantie. Leurs convictions se fondent sur le fait que la surface de la terre est couverte aux deux tiers par l’eau des mers et des océans, donnant l’impression que l’eau est une ressource inépuisable. Ils sont moins nombreux à avoir pris conscience que seuls 2,5% de cette masse d’eau est douce et consommable par les populations. De plus, le 100ème seulement de ces 2,5% est constitué d’eau de surface renouvelable, le reste constituant des eaux profondes non renouvelables (eaux aquifères fossiles qui ne peuvent se reconstituer que sur le très long terme) , qui plus est, nécessitant des forages coûteux pour leur extraction.

A l’insuffisance s’ajoute une répartition inégale, source de conflits latents entre pays bien et moins bien pourvus. Les régions arides, sahariennes, sahéliennes et assimilées ne disposent que de 2% des ressources disponibles exploitables alors que moins d’une dizaine de pays seulement disposent de 60% de ces ressources (Brésil, Russie, Chine, Canada, Indonésie, USA, Inde, Colombie, RDCongo). On estime aujourd’hui à quelques 700 millions les personnes vivant dans des zones de stress hydrique avec moins de 1700 mètres cubes d’eau par habitant et par an. Cette population va quadrupler d’ici 2025 et constituera près de 40% de la population mondiale.

Les régions les plus peuplées en Asie centrale, en Afrique du Nord ou au Proche et Moyen orient sont les plus mal fournies.

La consommation d’eau par tête d’habitant ne cesse de croître. Elle a doublé en 30 ans du fait cumulé de la croissance démographique et de l’amélioration des conditions de vie.

Pour répondre aux besoins alimentaires et demain énergétiques, les activités agricoles prélèvent plus de 70% des ressources en eau douce pour l’irrigation. Faut-il rappeler que la production d’un kilo de viande de bœuf consomme 15000 litres d’eau. Que dire des masses colossales de ressources hydrauliques rares transférées vers les pays à climat tempéré, par des pays maghrébins et sahéliens, sous forme de fruits et de légumes mais également de matières premières agricoles (coton)

Les activités industrielles consomment 20% des ressources en eau douce et les 10% restant servent à des besoins domestiques. Le rapport de consommation entre les activités agricoles et industrielles deviendra difficile à distinguer dès lors qu’en plus de l’agro-industrie, les agro-carburants constituent des marchés de plus en plus importants de transformation de produits agricoles au détriment de l’alimentation humaine. Les grandes opérations de promotion immobilière, de placements financiers et de spéculation dans des pays en déficit de ressources en eau, les industries de tourisme de masse, les terrains de golf qui consomment pour chacun de quoi couvrir les besoins d’un centre urbain de 25.000 habitants, constituent des pratiques inacceptables dans une démarche d’utilisation durable et rationnelle des ressources en eau.

S’ajoutent les écarts entre populations urbaines et rurales. On estime que 1,4 milliard de personnes vivant en majorité dans les campagnes et les bidonvilles n’ont pas un accès direct à l’eau potable en qualité requise ce qui affecte le plus clair du temps des femmes et des enfants à cette activité vitale d’approvisionnement en eau.

L’eau comme le pétrole est devenu un enjeu planétaire, avec des tensions géostratégiques et des risques de guerre de l’eau, soit entre pays partageant le même fleuve comme le cas du Bassin du Tigre et de l’Euphrate, du Nil ou du Jourdain, ou dans le même pays comme aux USA ou au Niger et dans d’autres pays du Sahel où les luttes tribales opposent des cultivateurs sédentaires aux éleveurs nomades avec parfois des conflits meurtriers.

L’eau étant devenu une denrée rare, épuisable, nécessitant de forts coûts de mobilisation (barrages, extraction, captage, transport, traitement, distribution, assainissement), cette denrée vitale a un coût de plus en plus élevé, d’aucuns diront un prix comme toute autre marchandise de moindre importance vitale.

Tous les citoyens ont besoin d’eau pour leur survie et pour leur dignité. La satisfaction de ce droit doit-elle être confiée à des opérateurs privés dont l’objectif prioritaire est de dégager des profits pour les distribuer entre les actionnaires ou ne devrait-elle pas être du ressort des pouvoirs publics, hors des lois du marché ?

La tendance en France et de par le monde est de confier la gestion de l’eau aux deux ou trois opérateurs mondiaux leaders du secteur. Mais des résistances s’organisent pour une remunicipalisation de l’eau et en faire un bien public local, national et mondial qui nécessite une gestion concertée, de préférence mondiale, pour un usage durable et équitable. L’eau devient de plus en plus un enjeu central dans les débats de gouvernance, de gouvernorat, ou de gouvernement mondial et l’impérieuse nécessité de disposer d’une autorité démocratique de l’eau comme bien public mondial dans le cadre des réflexions et propositions de refondation de l’ONU est des plus pertinentes et des plus urgentes

Pour en savoir plus

- ATTAC : Un bien commun à Préserver – Guide de survie dans la jungle du marché de l’eau : Guide de survie dans la jungle du marché de l’eau

- Association pour un contrat mondial de l’eau (ACME) www.acme-eau.org

- Coordination nationale des associations de consommateurs d’eau : www.cace.fr

- Elus, associations, usagers (EAU) : http://www.eaupublique.fr/

- France libertés : http://www.france-libertes.org/

- Fiche pédagogique. L’or bleu. www.e-media.ch


Djilali B

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