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Des idées pour agir

Sketch sur la libéralisation des couleurs

mercredi 5 août 2009 par Colette B (Attac 63)

TELE MEDEF 1 - JT DE 13H
15/11/2009 – Université d’Automne d’Attac 63

Un plateau télé avec le journaliste, un invité et une présentatrice. Jingle sonore.

- La présentatrice : Bienvenue à ceux qui nous rejoignent pour ce JT de 13h. Avant de passer à l’actualité économique, voici le bulletin météo du jour. Après une période de fortes instabilités sur Londres, New York et Paris (spécialement au-dessus des places boursières), le beau temps est de retour au dessus de Monaco, du Luxembourg, des îles anglo-normandes et de la Suisse (où un anticyclone semble bloqué entre les Alpes et l’Autriche).
Pour ce WE, notre conseil séjour du jour : Les îles Caïman où la température est des plus clémentes ! Pour ces prévisions, l’indice de confiance est de 1 sur 200, indexé comme vous le savez sur le cours du marché du temps qu’il fait.
Aujourd’hui Gérard Mandivré reçoit Mr Vincent Timlesmick, Ministre de l’Economie et des Finances, je vous laisse en leur compagnie, bon JT à tous ! Et n’oubliez pas : « Télé MEDEF, la télé qui vous parle afin de vous éviter de réfléchir ! ».

Un projecteur est braqué sur l’invité qui va parler et le journaliste.

- Gérard Mandivré : Nous recevons aujourd’hui Vincent Timlesmick, bonjour !
- Vincent Timlesmick : Bonjour !
- GM : Alors Monsieur le Ministre, vous préparez actuellement la libéralisation du marché des couleurs. C’était une nécessité ?
- VT : Oui, il fallait que nous nous mettions en conformité avec les directives européennes. Le marché des couleurs était jusqu’à présent français. Nous ne pouvions pas rester enfermés dans nos frontières, il fallait s’ouvrir sur le reste de l’Europe. Le monopole est un archaïsme, l’ouverture à la concurrence garantira la croissance. En clair : monopole national = archaïque, caca ; concurrence européenne = moderne, bien !
- GM : Mais certains prétendent que jusqu’à présent, les couleurs ne constituaient pas un marché, leur usage était libre.
- VT : Oui, mais c’est une vision du siècle passé ! L’économie de marché est aujourd’hui un fait incontestable, nous ne pouvons pas nous y opposer.
- GM : Alors, cette libéralisation se traduira par une redevance à payer sur l’usage des couleurs. Pourtant, les couleurs sont naturelles, elles proviennent de la lumière du soleil. Pourquoi payer pour quelque chose qui nous est donné par la nature ?
- VT : Bien sûr les couleurs sont naturelles, mais l’eau que vous buvez l’est aussi. Tout comme les graines que vous semez, le sol sur lequel vous faites bâtir votre maison... Pourtant on n’imagine pas que tout cela soit gratuit. Le Monde moderne est ainsi... Je vais vous donner un autre exemple, que tout le monde comprendra car il s’agit d’une situation de tous les jours : quand vous partez en vacances aux Iles Caïman, si vous louez une chambre d’hôtel avec vue sur la mer, elle sera plus chère que la même chambre avec vue sur la piscine. Vous avez payé pour profiter de la vue. Pourtant personne ne l’a fabriqué, ce paysage. C’est la même chose avec les couleurs.
- GM : A quoi va servir l’argent récolté avec cette redevance ?
- VT : D’abord à la recherche pour créer de nouvelles couleurs... et donc de nouvelles redevances, hé-hé ! On peut aussi imaginer des applications médicales. Surtout, nous voulons être leader mondial sur le marché de la couleur !!
- GM : Concrètement, comment cela va se passer ?
- VT : C’est très simple : Couleurs de France, notre consortium national, restera propriétaire des 4 couleurs fondamentales (bleu-rouge-vert-jaune). Les opérateurs privés, après s’être acquittés des droits sur ces 4 couleurs, pourront déposer des brevets sur toute nouvelle teinte. Les entreprises et les particuliers, quant à eux, paieront une redevance sur l’utilisation des couleurs, soit lors de l’achat d’un produit coloré, soit lors de toute nouvelle création de couleur.
- GM : Toute nouvelle création ? Qu’entendez-vous par là ?
- VT : Dès qu’on produit une couleur qu’on n’a pas achetée.
- GM : Par exemple, si je cuisine une salade composée...
- VT : Ah non, là vous ne paierez pas, car vous aurez déjà acquitté la redevance lors de l’achat de chaque ingrédient. Par contre si vous mélangez du ketchup avec de la mayonnaise, là...
- GM : On parle d’exonérations...
- VT : Oui : le Noir et le Blanc, ainsi que toutes les nuances de gris, seront libres de droit. Voyez, aujourd’hui je suis venu vêtu de noir, blanc et gris, cela peut être très chic, n’est-ce pas ? Mais attention : l’utilisation cachée d’un pigment, même à faible dose, dans un mélange de gris, sera sévèrement puni par la loi. D’autres part, certaines organisations, comme la Croix Rouge ou les Pièces Jaunes, seront exonérées.
- GM : Tout à l’heure on parlait des Verts ?
- VT : Ils auront un tarif préférentiel.
- GM : Et ceux qui ne peuvent pas payer cette redevance parce que leurs moyens ne le leur permettent pas ? Vous savez que le pouvoir d’achat est au plus bas !
- VT : Ils pourront toujours acheter des produits noirs, blancs ou gris. Cela constitue d’ailleurs un marché qui devrait croître dans les prochaines années. Par exemple, nous allons relancer la production de téléviseurs noir et blanc. Nous prévoyons aussi de fabriquer des lunettes colorées qui seront vendues à un prix modique aux plus démunis leur permettant de mettre un peu de couleur dans leur nouvelle vie en noir et blanc. (Il s’emballe) C’est une formidable chance pour l’économie, cela relancera la croissance et l’emploi, c’est...
- GM : Mais est-ce qu’il n’y a pas un risque de privatisation des couleurs, quand même ?
- VT : Que les pigeons... euh, les auditeurs qui nous écoutent se rassurent : l’Etat reste et restera majoritaire dans le capital de Couleurs de France : nous détenons 50,0001 % des parts, ce qui constitue une confortable majorité de blocage.
- GM : Couleurs de France ne gère que les couleurs fondamentales. Pour les autres, est-ce qu’il n’y a pas un risque de monopole privé européen, à terme ?
- VT : C’est à nous d’assurer les conditions de la concurrence libre et non faussée. Outre Couleurs de France, d’autres compagnies sont positionnées sur le marché : Lumière & Co., Soleil SA, Arc-en-Ciel Enterpraïze...
- GM : La semaine dernière, Monsieur le Ministre, un groupuscule se revendiquant des Frères Dalton a dérobé un important stock de couleurs pour, semble-t-il, les redistribuer gratuitement à la population.
- VT : Oui, ce sont les Daltoniens ; ils n’y connaissent rien aux couleurs. Le but de ces extrémistes est de collectiviser les couleurs, ni plus ni moins. Comme s’il pouvait exister des biens gratuits. C’est insensé ! C’est un retour à la société primitive ! Et puis c’est du cinéma ! Ce stock appartenait aux frères Lumière ! Mais, je voudrais dire une chose aux abrutis... aux auditeurs qui nous regardent. (Il devient de plus en plus menaçant au fur et à mesure qu’il parle) Le gouvernement est prêt à entendre la contestation et à discuter avec tout le monde, mais nous ne pouvons pas tolérer les actes de délinquance. Nous serons ferme (il hurle) et nous ne laisserons pas faire ces terroristes !!!!

A ce moment surgissent des manifestants armés de bâtons, de pavés... et portant des pancartes où on peut lire : « Rendez-nous les couleurs », « Les Couleurs appartiennent à tout le monde », « Les couleurs ne sont pas une marchandise »...
- Les Frères Dalton brandissant leurs armes : Nous sommes les Frères Dalton !
- GM et VT : Ciel, des bandits !
- Les Dalton : C’est vous, les bandits ! Voleurs de foules ! Vous nous faites payer pour ce qui nous appartient déjà ! Vous n’avez pas le droit de brader les biens communs de l’humanité !!!
GM et VT se cachent derrière la table.
- GM : Monsieur le Ministre, j’ai une peur bleue !
- VT : Et moi je ris jaune...
- Les Dalton : (Au ministre) Rendez-nous les couleurs, ou le sang va couler. On verra de quelle couleur est le vôtre !
- GM, VT, s’enfuyant : Au secours ! A moi ! Maman !!!
- Les Dalton , faisant mine de les poursuivre : Rendez-nous les couleurs ! Rendez-nous les couleurs ! et surtout le Rouge !!
Ils sortent un drapeau rouge et jettent des confettis de toutes les couleurs en chantant :

Tout est à nous,

Rien n’est à eux,

Tout ce qu’ils ont, ils l’ont volé !

Ils l’ont volé !

Rendez-nous nos couleurs,

Ou alors ça va péter !

CA VA PETER ! CA VA PETER !

- Note vestimentaire : Le journaliste et les intervenants sont très stricts et sombres, la présentatrice peut être vêtue en bleu blanc rouge et les manifestants le plus bariolé possible.
Note matériel : Une table, deux micros (sono), deux spots (avec allumage séparé), une banderole, un jingle, des confettis (de toutes les couleurs), des armes, des pancartes (manifestants
)

Sketch écrit par Jacky Chabrol et Johann Colin.


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