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Des idées pour agir

Le mouvement altermondialiste face à la crise globale

dimanche 3 octobre 2010 par Eric (Attac 92 Clamart)

Conférence de Gus Massiah [Vice-président d’ATTAC jusqu’en 2006, Président du CRID] donnée à Malakoff à l’occasion de l’Assemblée générale annuelle d’ATTAC 92 le 5 juin 2010 : notes écrites et enregistrement audio.

Enregistrement audio : http://attac92clamart.free.fr/audio/ATTAC_92_AG_2010/

La crise du système néolibéral

Le néolibéralisme représente la phase actuelle de la mondialisation capitaliste. Depuis quelques années, il y a une double crise : celle du libéralisme en tant que phase du capitalisme et celle du capitalisme, en tant que mode de production.

Comme l’a montré l’historien Fernand Braudel, et, à sa suite, Wallerstein, la mondialisation capitaliste n’est pas un phénomène récent, elle est nouvelle de quatre ou cinq siècles : elle commence à Venise en 1492. C’est la mondialisation par l’économie-monde et chaque phase indique un changement de logique dominante.

Elle connaît un développement par phases de quelques décennies :

1914-1945 : la phase de crises graves, avec la crise de 1929 et les deux guerres mondiales ;

1945-1980 : le fordisme, ère du capitalisme industriel, état social ; contrepoids par les syndicats ; période d’augmentation de la productivité, des salaires et des profits, fortement réinvestis.

Depuis 1980 : ère du capitalisme financier ou néolibéralisme, caractérisé par la montée au pouvoir des actionnaires (exemple de France Télécom), période d’augmentation de la productivité, stagnation voire diminution des salaires et explosion des profits, très peu réinvestis.

Au cours de chaque phase, il y a, à côté de la logique du système, une logique d’anti-système avec ses forces, ses luttes, qui organisent la résistance, les refus et préparent les changements.

Dans la période actuelle, le mouvement altermondialiste est la logique antisystémique. La logique du système (systémique) est celle de l’économie du capitalisme financier, des régimes financiers mondiaux, qui visent à produire des dividendes pour les actionnaires, des bonus pour les agents et des sur-salaires pour certains employés.

Depuis quelques années, on assiste à une crise du système néolibéral. L’économie, en elle-même, n’est pas en crise : on assiste à un ajustement de chaque société à l’économie, à l’aide de plans d’ajustements structurels (ou d’austérité), qui favorisent toujours le marché mondial des capitaux, qui se porte bien et continue de croître.

La crise économique est un effet des quatre autres crises :

- crise sociale : la volonté d’ajuster chaque société au marché mondial aboutit – par la concentration des entreprises de dimension mondiale dans les mains d’un nombre toujours plus réduit de personnes – à un développement des inégalités ; la réduction de la consommation interne entraîne une crise économique interne ; les inégalités s’associent aux discriminations. La croissance du marché mondial développe les inégalités (en 2010, la France est 2,5 fois plus riche qu’en 1980, mais à l’époque, le chômage était faible et il y avait une protection sociale efficace. Depuis, il y a une redistribution des richesses des pauvres vers les riches.

- crise démocratique : politiques sécuritaires, montée des insécurités : les gens se révoltent. Les riches épargnent, mais les salaires des pauvres participent insuffisamment à la croissance, donc la consommation baisse et la pression est mise sur les pauvres, qui s’endettent pour consommer. Cela crée un certain désordre et nécessite de les remettre au pas et de développer des politiques de sécurité, ce qui localisent la pression sur d’autres questions que celle du vol des richesses (un français sur deux s’imagine pouvoir un jour être clochard : il y a intériorisation de la pression),

- dimension géopolitique : les guerres se développent. Les matières premières sont au Sud et les stratégies militaires évoluent pour les récupérer : ce sont des guerres des forts contre les faibles.

- dimension écologique : pour la première fois, « le système-monde est devenu planétaire » ; nous sommes confrontés au caractère fini de la planète, ce qui stoppera la croissance.

Par cette dernière dimension, nous sommes dans une crise profonde qui ne remet pas seulement en cause le néolibéralisme, en tant que dernière phase de l’évolution du capitalisme, mais le système existant depuis plusieurs siècles : c’est le dépassement du capitalisme qui est en jeu.

Quelles issues ?

- Une issue régressive, par crispation. Austérité ; on fait payer les pauvres, les couches moyennes, certains riches ; les couches dirigeantes se crispent sur leur intérêt (les banques se distribuent des bonus fabuleux...). Si les pauvres résistent, ce sera la répression, puis l’évolution vers des régimes autoritaires, voire les guerres. Actuellement, il y a 278 conflits dans le monde, dont 180 avec armes. On ne peut pas dire que nous soyons dans une période de paix.

Pour lutter contre ces noires perspectives, il convient de rechercher les alliances les plus larges : des alliances pour les libertés et contre la répression.

- Une issue par la « refondation du capitalisme » par le « Green New Deal ». En s’inspirant de l’exemple historique du New Deal, recherche d’un autre mode de développement conjuguant protection sociale, éducation, santé, et redistribution. Ce serait toujours le capitalisme, mais plus le même : il se révolutionnarise lui-même.

Au sein du capitalisme, il y a bataille entre capitalisme financier et les partisans de modifications en profondeur (Stiglitz, certaines banques, ...). Mais le G20 ne peut toujours pas envisager cette voie réformatrice.

Les altermondialistes sont interpellés : faut-il faire alliance ?

Une partie du mouvement syndical, du mouvement paysan, du mouvement écologiste plaide pour cette alliance. Le mouvement altermondialiste n’est pas unifié et il est très divisé sur cet enjeu. Certains estiment qu’il faut faire alliance pour s’assurer que le néo-libéralisme ne gagne pas.

- L’altermondialisme, comme voie de dépassement du capitalisme.

Le mouvement altermondialiste.

Le mouvement altermondialiste est né en même temps que le néolibéralisme : il est l’anti-système du système capitaliste, le recto de son verso.

1980. Remise au pas du Tiers-Monde : le G7 lance la crise de la dette et des famines.

1989. Offensive géopolitique : implosion de l’empire soviétique, suite à la course aux armements et au manque de liberté dans ces régimes.

Depuis 1989, il y a une bataille des idées entre les tenants du système et ceux de l’anti-système :

1/ C’est la « Fin de l’histoire », nous sommes dans une ère de « guerres des civilisations » !

Les altermondialistes refusent l’occultation de la question sociale.

2/ « There Is No Alternative », disait Mme Thatcher, surnommée T.I.N.A. !

Réponse du mouvement altermondialiste : « un autre monde est possible » !

En 1989, à Paris, en même temps que la réunion du G7, était organisé le sommet des 7 peuples parmi les plus pauvres ; manifestation à la Bastille : « Dette coloniale, colonies, apartheid : ça suffat comme ci ! »

3/ Contre les offensives libérales de 1995 : mouvement social se structure en France, en Italie, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Corée. Il s’approprie les questions liées aux inégalités sociales et à la précarisation.

Le mouvement altermondialiste est un mouvement antisystémique (qui conteste la logique dominante) et un mouvement historique (il remet en cause les bases de la société, s’appuie sur les connaissances historiques, dont il tire des conséquences).

Sa base sociale, c’est la convergence des mouvements : sociaux (syndicats), paysans, femmes, écologie, consommation, droits humains, économie sociale et solidaire, peuples indigènes (on dit aussi « originaires » ou « premiers », en fonction de leur lieu géographique).

Il développe une nouvelle culture politique : partir d’une grande diversité et se mettre d’accord à l’arrivée, par un fonctionnement horizontal, en auto-gestion et la construction de consensus. Des forums sociaux, une proposition émerge : nous voulons organiser le monde par l’égal accès de tous aux droits et aux biens sociaux mondiaux.

Revenu minimum et maximum. Taxation internationale.

Une nouvelle culture se construit. Amnesty international, par exemple, se bat désormais aussi pour les droits sociaux et économiques.

C’est un mouvement d’anticipation et d’émancipation. : quelles sont les libertés pour lesquelles nous voulons nous battre et pour construire quel autre monde ?

Comme les mouvements précédents, il s’épuisera et ne pourra tout faire. Quelles tâches aura-t-il fait avancer ?

Ce mouvement prolonge et renouvelle les anciens mouvements historiques :

1/ les Lumières : luttes pour les libertés, Droits de l’homme 1789 – les "droits de" sont appelés des doléances- et prolongements : mouvement des libertés 1968

2/ le mouvement social du XIXième siècle, mouvement ouvrier. Déclaration des droits de l’homme de 1848. Droit au logement, droit au travail - les "droits à" sont appelés des créances. Prolongements, renouvellement : 1965-1973 : autogestion.

3/ décolonisation, le droit à l’autodétermination, les nouveaux droits des peuples

4/ le mouvement écologique, le droit à la Terre-mère.

5/ redéfinition et ré-invention de nouvelles formes de pouvoir politique. La culture politique est nécessaire pour inventer – le renouvellement se fait au regard des nouveaux enjeux.

Comment on fait la transition ?

On combine quatre approches :

- résistances et luttes,

- débat théorique et politique,

- pratiques nouvelles,

- politiques publiques.

On peut considérer que les formes de propriété seront l’enjeu des changements de rapports de force sociaux.

Exemples de lignes de fractures dans le mouvement altermondialiste :

Faut-il construire un nouvel universalisme qui serait de nouveau universel ?

Faut-il aider les pauvres ou éradiquer la pauvreté ?

La crise ne suffira pas à remettre en cause les intérêts des riches. Il faut, en plus, que les luttes sociales soient fortes. Les classes dirigeantes ne dirigent pas en fonction de l’intérêt général.

Débat

Quelle stratégie pour articuler les réponses aux besoins urgents (venir en aide aux pauvres) et les réponses aux problèmes de fond (s’en prendre aux causes qui engendrent la pauvreté) ?

Japon. Ils vont mettre vingt ans à se remettre de la crise. Et nous, n’allons-nous pas dans le même sens ?

Le Japon avait une politique de garantie de l’emploi. Lors du passage au capitalisme financier, le Japon est devenu un concurrent économique trop dangereux pour les Etats-Unis ; il s’est fait doubler par la Chine.

L’Europe n’est qu’au début de la crise. Mais l’Europe reste une région très riche. Les peuples européens vont-ils réussir à imposer (par les luttes sociales) à leur bourgeoisie moins d’arrogance et moins de gloutonnerie ?

Territoires. Il y a des embryons de contre-pouvoirs dans les collectivités locales, la possibilité de prendre en charge l’intérêt général. Par exemple, la Ville de Nanterre, membre du réseau des Villes-ATTAC (qui a débuté avec les villes hors AGCS), apporte une aide efficace aux luttes des sans-papiers.

Nouvelles pratiques, coopératives. Voir site « rencontres sociales », interface économie sociale et syndicats, forum des élus locaux sur la question des alternatives (il y a 40 municipalités membres d’ATTAC).

Prospérité sans croissance. Piste nouvelle. Notion de dette écologique (Brésil), nouveaux modèles de développement.

Notes rédigées par "jean-paul.alletru@wanadoo.fr" et "eric.colas@evab.org"


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